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Apprendre à lire par Alain Bentolila |
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APPRENDRE À IDENTIFIER LES MOTS : UNE NÉCESSITÉ
Faute d’une identification des mots précise et complète, la lecture d’un texte est alors souvent approximative sinon aléatoire...
La langue écrite est un code. Entre la composition orthographique d’un mot et le sens qui lui correspond, il existe une relation que l’on qualifie d’arbitraire. Rien ne prédispose la forme graphique du mot “boulangerie” à évoquer l’endroit où l’on vend du pain; pas plus qu’en anglais, le mot « bakery » à désigner ce lieu ou bien en espagnol le mot « panaderia ». C’est uniquement parce que tous les membres de la communauté linguistique française acceptent le fait que c’est bien la combinaison orthographique « b-ou-l-an-ge-r-ie » et pas une autre qui doit être associée au sens de “endroit où se vend le pain” que ce mot existe et fait partie de notre vocabulaire. Chaque mot fait ainsi l’objet d’une convention sociale qui accouple un support orthographique spécifique à un sens spécifique et cet accouplement n’a rien de « naturel ». Un enfant ne peut donc pas découvrir spontanément l’identité d’un mot comme on peut, à leur simple vue, identifier un objet ou un être humain. Les 26 lettres de l’alphabet permettent, en se combinant, de façon à chaque fois différente, de fournir des supports arbitraires aux dizaines de milliers de mots du français. Si, pour un lecteur expert il paraît naturel de lier telle composition orthographique à tel sens, c’est parce qu’on lui a livré progressivement les clés des relations entre lettres et sons et qu’il les a progressivement automatisées. En règle générale, les recherches font apparaître que les jeunes adultes en difficulté de lecture ont une capacité d’identification des mots très insuffisante ; sans être la seule cause de l’illettrisme, ce handicap en constitue une des composantes majeures et conduit un nombre important de jeunes adultes illettrés à inventer du sens sur une base très insuffisante d’indices conventionnels. Faute d’une identifi- cation des mots précise et complète, la lecture d’un texte est alors souvent approximative sinon aléatoire. Lors de l’apprentissage de la lecture, il importe donc que l’on veille tout particulièrement à ce que tous les élèves apprennent à identifier les mots avec efficacité ; c’est-à-dire en alliant rapidité et précision. Identifier les mots n’a rien à voir avec un jeu de devinettes : il ne s’agit pas de supputer, de tâtonner, d’interroger le contexte dans lequel se trouve un mot pour identifier celui-ci. L’identité d’un mot n’est jamais de l’ordre du « peut-être » ; on peut se tromper ; on peut réussir; mais dans l’un ou l’autre cas, c’est la maîtrise du code et non l’apport aléatoire du contexte qui conditionne la réussite ou l’échec.
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