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6. Structuration de l’esprit
Avec une méthode synthétique, même les élèves peu structurés parviennent à s’intéresser à la lecture. J’ai même cru observer que la méthode aide à leur structuration. Par exemple, certains enfants ont une conscience phonologique approximative : dans « salade », ils entendent [la], mais ils ne savent pas trop où ! Certains ne sont même pas sûrs d’entendre [la]. Le fait d’écrire « salade » dans la même succession des sons et des syllabes quand ils le disent et quand ils le lisent les aide à repérer où est [la].
Le fait que la méthode soit synthétique oblige l’élève à mettre en œuvre des activités séquentielles (l puis a, dans cet ordre et pas un autre, l’un après l’autre, donne la). Ainsi, à travers le déchiffrage s’acquiert la notion de passage obligé, si indispensable à la rigueur de la pensée.
Quand l’enfant déchiffre une phrase, il ne peut pas inventer, tester un mot ; il doit le lire et même s’il comprend le sens de la phrase avant d’arriver à ce mot et qu’il anticipe sur les mots qui vont venir, il doit lire tous les mots et rien que les mots qu’il a sous les yeux. En dictée de mots non préparés, ce n’est pas la mémoire de la silhouette du mot qui peut l’aider, mais l’analyse rigoureuse des sons qui le composent.
Nos cerveaux d’adultes suivent spontanément deux démarches différentes mais complémentaires, toutes deux nécessaires : du tout à la partie (analytique) et de la partie au tout (synthétique).
Notre société est une société de l’image (globale), et nos démarches intellectuelles les plus quotidiennes sont analytiques (nous analysons sans cesse des situations qui s’offrent dans leur globalité).
Les méthodes de lecture à départ global voudraient dupliquer les comportements quotidiens en entérinant dans l’apprentissage la prédominance de l’image et la décomposition analytique de la chose perçue. Cependant il faut aussi, dans le cerveau de l’enfant, construire la démarche synthétique ; elle est indispensable, en particulier, pour accéder à la démarche scientifique.
7. Respect de l’enfant
Au total, la méthode que j’utilise me paraît prendre en compte les catégories élémentaires de la linguistique (phonème/graphème, signifiant/ signifié, encodage/décodage...), respecter la psychologie moderne de l’apprentissage, et souscrire à ce que nous croyons savoir du psychisme de l’enfant (différences entre l’enfant et l’adulte, respect de la répartition des rôles, donation de la règle par l’adulte, garanties offertes par son autorité).
Utiliser la méthode synthétique m’a permis conjointement d’entretenir d’autres relations avec les parents d’élèves : je n’entends (presque !) plus en début d’année les questions inquiètes, du type : « Comment je dois faire à la maison ? » Je pense qu’une bonne méthode est aussi une méthode où tout le monde se retrouve : l’enseignant, les élèves, les parents. Tenir les parents à l’écart de la transmission des compétences fondamentales me paraît contraire au besoin de repères qu’éprouve l’enfant. Il faut que ceux qui l’accompagnent lui tiennent tous le même langage.
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