Textes théoriques
« Les neurones de la lecture ». Résumé de l'ouvrage de Stanislas Dehaene | « Les neurones de la lecture ». Résumé de l'ouvrage de Stanislas Dehaene |
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Nous tenterons d’abord de dégager quelques points, puis nous nous attarderons plus précisément sur le fonctionnement de l’enfant. Enfin, nous ferons état des recherches concernant la dyslexie. 1. Des points à noter : Les contraintes que l’œil impose à la lecture sont considérables et inamovibles. Nous devons déplacer sans cesse notre regard au cours de la lecture, par petits mouvements saccadés. « Lorsqu’il prépare les saccades, notre cerveau adapte la distance parcourue par l’œil à la taille des caractères, de façon à avancer d’environ sept à neuf lettres chaque fois »(1). L’acquisition du texte par le regard constitue une limite incontournable à la vitesse de la lecture. Les méthodes de lecture rapide « sont donc à considérer avec le plus grand scepticisme »(2). On peut sortir de cette contrainte dans le cas d’une présentation sur l’écran d’ordinateur de manière à éviter le mouvement des yeux. Dans ce cas, un bon lecteur déchiffre un mot toutes les 40 millisecondes ! (mais cette performance n’est-elle pas alors inhibitrice de nombreuses connexions qui lui donneraient sa profondeur ?). La reconnaissance globale du mot ne joue pratiquement aucun rôle dans la lecture. Au cours de l’apprentissage de la lecture, nous devons apprendre non seulement que les lettres représentent les sons du langage, mais également qu’elles peuvent se présenter sous de multiples formes, sans lien particulier entre elles. Ceci suppose l’existence de détecteurs de lettres, de neurones, capables de repérer l’identité des lettres derrière des formes de surface très différentes. Le système visuel d’un bon lecteur est d’une efficacité redoutable pour filtrer et rejeter quantité d’informations qui ne sont pas pertinentes pour la lecture. Pour cela, il doit préserver et même amplifier des détails, parfois minuscules, qui permettent de différencier un mot d’un autre. Comme l’invariance de casse, cette capacité d’attention aux détails pertinents résulte de l’apprentissage. « Si nous sommes capables de reconnaître l’identité de ces mots : trois, TrOis et TROIS, c’est que notre cerveau s’intéresse non au contour du mot ni aux lettres montantes ou descendantes, mais uniquement à la reconnaissance invariante d’une suite de lettres »(3). La voie phonologique et la voie lexicale fonctionnent en parallèle, l’une soutenant l’autre. Chez l’adulte, les deux voies coexistent et sont activées simultanément. Même chez le lecteur expert, à un niveau plus profond, des informations sur la nature phonologique du mot continuent d’être activées. Lorsque nous lisons des mots rares, nouveaux, à l’orthographe régulière, notre lecture passe par une voie phonologique, décrypte les lettres, en déduit la prononciation, puis tente d’accéder au sens. Inversement, confrontés à des mots fréquents ou irréguliers, notre lecture récupère d’abord le mot et son sens, puis utilise ces informations pour en recouvrer la prononciation. Aucune de ces deux voies, utilisée seule, ne permet de lire tous les mots ». L’organisation en voies multiples et parallèles est un trait essentiel de l’architecture du cortex. Le décryptage visuel d’un mot active parallèlement la reconnaissance des lettres quelle que soit leur forme, celle des syllabes, celle des morphèmes (tranches de mots porteuses de sens, comme les suffixes, les racines), le lexique mental du lecteur, avec les associations d’idées qu’il appelle, la confrontation avec le contexte, les informations grammaticales… Notre système cérébral de lecture ressemble à une vaste assemblée dans laquelle des milliers de mots et de lettres conspirent afin de proposer la meilleure interprétation possible du mot perçu. La vision moderne des réseaux corticaux de la lecture montre ainsi des processus infiniment plus complexes que ce que l’on imaginait d’abord en s’appuyant essentiellement sur les données de la pathologie. Le modèle neurologique classique a fait place à « un schéma parallèle et foisonnant. La région occipito-temporale gauche reconnaît la forme visuelle des mots. Elle distribue les informations visuelles à de nombreuses régions, réparties dans tout l’hémisphère gauche, qui sont impliquées à des degrés divers dans la représentation du sens, de la sonorité et de l’articulation des mots », mais aussi « interviennent au premier chef dans le traitement du langage parlé. Apprendre à lire consiste donc à mettre en relation les aires visuelles avec les aires du langage. Toutes les interconnexions entre régions, qui sont bidirectionnelles, ne sont pas encore connues dans le détail. La connectivité cérébrale réelle est probablement bien plus foisonnante encore… »(4). De toutes ces régions, une seule semble jouer un rôle central et spécifique dans la lecture : la région occipito-temporale gauche, celle même dont la lésion entraîne l’alexie pure. Elle se situe à la charnière entre l’analyse visuelle et le reste du système linguistique. Le planum temporale, région supérieure du lobe temporal gauche est seul à réagir à la compatibilité entre les lettres et les sons. L’écoute d’un son compatible avec la lettre augmente l’activité de cette région, alors que l’activité est réduite dans le cas inverse. Chez le bébé, cette région est déjà activée par la parole dans les tout premiers mois de la vie. « Très vite, elle apprend à prêter attention aux sons pertinents et à négliger les autres ». Le réseau de régions cérébrales qui nous sert à analyser le sens des mots est bien distinct. Aucune d’entre elles n’est spécifique aux mots écrits : toutes interviennent également lorsque nous réfléchissons aux relations conceptuelles entre des mots parlés, ou même entre des images. La région temporo-pariétale postérieure, activée même dans l’état de repos, se désactive (revient à l’état initial) lorsqu’on présente au sujet des pseudo mots, lorsqu’une chaîne de lettres ne fait pas sens. « Lorsqu’ils apprennent à lire, nos enfants reviennent de l’école littéralement transformés ; leur cerveau n’est plus le même »(5) Le lexique mental d’une personne ordinaire se chiffre en dizaines de milliers de mots. Les informations qui y sont enregistrées sont de plusieurs natures : Orthographique, grammaticale, sémantique. Sans doute faut-il parler de lexiques au pluriel. Chacun de ces lexiques comporte sans doute entre 50000 et 100000 entrées. « On mesure mieux l’extraordinaire performance de notre appareil de lecture, qui est capable d’accéder, en quelques dixièmes de seconde, sur la base de quelques traits sur la rétine, au mot approprié parmi au moins 50000 candidats »(6). « L’alphabet est une géniale simplification » Les diverses formes d’écriture ont évolué vers un jeu de caractères simplifiés, les plus faciles à reconnaître par notre système visuel, susceptibles d’être immédiatement reconnus par les neurones spécialisés du cortex occipito-temporal ventral. Avec l’alphabet, l’écriture se démocratisait enfin. Tout personne motivée pouvait apprendre à lire et à écrire la vingtaine de caractères de l’alphabet. (1) page 38, (2) page 42, (3) page 46, (4) page 97, (5) page 279, (6) page 73
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