Lire avec Léo et Léa, méthode de lecture phonémique, conte phonémique GS maternelle, grammaire, CP., CE1
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Partout le même problème Version imprimable Suggérer par mail
Je ne suis pas orthophoniste mais professeur d'histoire. J'enseigne en collège depuis près de quinze ans et j'ai vu se dégrader à vue d'oeil la qualité de lecture et d'écriture des élèves entrant en sixième.

Il se trouve aussi que j'ai enseigné un peu partout (Paris, puis Mantes-la-Jolie, puis, depuis peu, Meymac, petit collège rural de Corrèze). J'ai retrouvé partout le même problème.

Par ailleurs, j'ai trois enfants (7, 9 et 11 ans). Mon expérience de mère et de professeur a eu vite fait de me mettre la puce à l'oreille. C'est pourquoi, ne faisant pas confiance à l'école, j'ai appris à lire à mes trois fils AVANT leur entrée en CP. Je me suis servie d'une méthode des années trente, largement rééditée et qui fait un succès de librairie auprès des parents malgré le côté désuet de son vocabulaire : la méthode Boscher (La journée des tout petits) Résultats : mes enfants vont très bien scolairement. Parallèlement, je me suis de plus en plus intéressée aux difficultés de mes sixièmes au point d'en faire une fixation. Et depuis maintenant trois, quatre ans, j'entreprends, au cas par cas, de réapprendre à lire à ceux qui me semble correspondre au profil suivant : intelligents et vifs à l'oral, écrit quasi phonétique, lecture par bonds : d'un mot deviné à un autre. J'en prends un pas plus, et je reprends tout avec lui avec Boscher. Le premier qui a bénéficié de cela est aujourd'hui en troisième : il reste très mauvais en orthographe (mais en progrès constant). Pour le reste, il est très bon élève, joyeux, lecteur, alors qu'en sixième, et cela m'avait mis la puce à l'oreille, il devenait tout vert quand il fallait lire !

J'ai également mis au point, d'abord bénévolement, et, depuis cette année, inclus dans mon temps de service, une organisation pour suivre tous les sixièmes du collège en lecture (c'est possible car ils ne sont que 45 : notre collège compte 200 élèves en tout). Mon but est que tous aient constamment un livre en train, en lecture personnelle, plaisir. Je joue un peu les mamans, grandes sœurs, partage leurs enthousiasmes, bourrant mon armoire de fond de classe de tous les succès pour enfant que je dégote (merci Harry Potter !). Au bout d'un trimestre, je repère les non-lecteurs : cette année, sur 45 élèves, ils sont 20, ce qui me terrifie ! 20 qui n'ont aucune habitude de lecture plaisir. Sur ces 20, 10 ne déchiffrent pas mais devinent. C'est le problème : avec eux, je repars avec des magazines type J'aime lire ou Dlire. Je manie carotte et bâton et maintiens une pression continue. Et puis, dans les 10 "dyslexiques" (je hais ce mot de plus en plus : avant même de vous lire, j'y voyais déjà un foutu alibi pour nos carences et les ravages dus aux diafoirus de la pédagomanie) je vais en choisir, tant bien que mal, 2 que je vais essayer de sauver... je pensais utiliser Boscher, mais Lire avec Léo et Léa serait peut-être plus approprié. Si on peut se le procurer en librairie, je le trouverai. Sinon, je vous en commande un complet tout de suite. Vous allez me dire qu'il est prévu pour des enfants de six ans : tant pis ! Les élèves comprennent très bien (je sais m'y prendre pour ça) et ne se sentiront pas humiliés (Boscher s'appelle bien : La journée des tout petits et ils l'acceptent car ils sont pleins d'espoir, à tel point que c'en est poignant !)

J'ai mis votre courrier dans les casiers de tous mes collègues : sur mon collège, nous parlons de plus en plus du problème et certains parmi nous sont en pleine prise de conscience. C'est pourquoi, je crois que vous arrivez à point nommé : les hautes instances de l'Education Nationale ne sont pas prêtes certes, car les salauds qui ont joué avec nos enfants comme avec des souris blanches sont tous, à l'heure actuelle dans de gras fromages et incapables d'un quelconque retournement voire d'un mea culpa. Je pense aussi que l'école primaire est très gangrenée : renouvellement récent de nombreux instituteurs formatés dans les IUFM, pleins de bonne volonté certes, mais d'une niaiserie affligeante. C'est pourquoi je crois que c'est au niveau du collège que la prise de conscience va se faire : nous sommes très bien placés pour mesurer les dégâts. Sans exagération, il y a désormais un bond de trois ans entre les exigences d'un CM2 et celles d'une sixième. Seuls les très bons élèves de CM2 survivent. Les autres pataugent, et tous, à cause d'une inaptitude à écrire et à lire. Alors ? Branle bas de combat ?

J'allais oublier de vous dire que mon mari et moi avons écrit un livre paru l'an dernier, dans un silence assourdissant. Nous y poussons un coup de gueule (mon mari enseigne en lycée depuis que nous sommes en Corrèze, il est professeur de mathématiques, et effaré de voir à quel point ses élèves sont bêtement bloqués par la lecture et la compréhension des énoncés). Notre livre s'intitule : Changer l'école, c'est notre affaire, révolte et espoirs de deux professeurs ordinaires, éditions FX de Guibert, Paris. Nous avions deux amis journalistes qui avaient promis d'en parler (France Inter, France 2). Depuis qu'ils ont reçu le livre, ils sont aux abonnés absents. Cela pour vous dire que vous êtes en terrain miné  car la façon d'enseigner en primaire ou en secondaire relève à l'heure actuelle non du bon sens mais de l'idéologie. C'est pourquoi, c'est du terrain que ça doit partir, et une synergie entre professeurs et orthophonistes me paraît un bon début.

Je souhaite donc adhérer à votre association et y faire adhérer un maximum de monde : collègues et parents d'élèves. Donc... la cotisation est de combien ? vous avec des formulaires d'inscription ? Vous pouvez m'envoyer tout ça par le net, j'en tirerai des copies-papier. Voilà...

A nous tous de jouer parce que les vrais droits des enfants, ce n'est pas "s'épanouir" en un tas "d'activités citoyennes", apprendre à heures perdues à deviner à peu près ce que veut dire un texte et blablater à perte de vue en classe : leurs vrais droits c'est savoir lire et écrire ! Notre langue s'exprime à l'écrit avec un alphabet à partir duquel on reproduit des sons selon un code parfois, bien sûr infirmé par des traditions orthographiques historiques. C'est bien sûr de là qu'il faut partir. Si notre langue s'exprimait à l'écrit par pictogrammes ou idéogrammes, ça se saurait ! (Ce fut là mon raisonnement de mère de famille qui me conduisit, avec mon simple bon sens à penser que la méthode globale était une vaste fumisterie très dangereuse). Comme quoi, sans vouloir être féministe, il me semble que nous n'en serions pas là si l'Education Nationale était dirigée par des mamans et non de pontifiants (in)suffisants qui s'en sont servis comme tremplin pour leurs petites ambitions personnelles de pouvoir (je pense à des Meirieu ou des Foucambert).

En attendant de vos nouvelles, je vous remercie.

ML
Professeur agrégé (moi aussi j'ai ma petite vanité, hum!) d'histoire, et amoureuse de son métier et de ses foutus adolescents d'élèves !

19250 COMBRESSOL

 
 
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